La culture des dattes bio équitables dans l’oasis de Dergine

La culture des dattes bio équitables dans l’oasis de Dergine

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C'est quoi ce truc ?
Il existe au sud-ouest de la Tunisie à la frontière nord du Sahara, près du grand lac salé Chott El Jerid, une région aride où désertification et risque d’ensablement sont permanents. Le palmier dattier est la seule richesse du Jerid; la production de dattes est concentrée dans les palmeraies de Tozeur et de Kébili qui comptent à elles seules 85 % des plantations du pays. Le reste est réparti entre les oasis de Gabès et Gafsa. Le gouvernorat de Kebili accapare 70 % de la production nationale. La récolte des dattes s’effectue d’octobre à décembre pour la variété Deglet El Nour’ (doigts de la lumière), dont la saveur particulièrement sucrée et les qualités de bonne conservation lui donnent la suprématie sur le marché de l’exportation. Bio-Marché.Info est allé à la rencontre des producteurs biologiques et équitables dans l’oasis de Dergine à 40-50 km de Kebili, le chef lieu du gouvernorat. (Photo : Taieb Foudhaili, Directeur de South Organic, avec producteurs).

 

La visite s’est effectuée en compagnie de Taieb Foudhaili, Directeur de South Organic (Gebana Maghreb) et de Adrian Wiedmer, Directeur de Gebana AG. Gebana Maghreb (cf. interview de Taieb Foudhaili dans le prochain article) est une entreprise tunisienne qui conditionne, emballe et exporte les dattes bio équitables pour le compte de Gebana AG , localisée en Suisse et qui développe avec de petits producteurs, des produits alimentaires bio équitables adaptés aux marchés européens en provenance de Tunisie mais également du Brésil et du Burkina Faso. (Photo : carte du sud tunisien; Photo : paysage typique du sud tunisien)
Mercredi 19 octobre 2011, 10h du matin. Nous retrouvons une poignée de producteurs et de cueilleurs dans une palmeraie, après avoir franchi quelques centaines de mètres d’un chemin sablonneux. (Photo : Chemin qui conduit à l’oasis)

L’effervescence bat son plein. La saison démarre et la récolte doit commencer. Tout le monde est réuni autour d’un palmier dattier dont on va cueillir les régimes. Le soleil est radieux et c’est dans les branches irisées de lumière que le cueilleur va grimper. C’est difficile de monter au palmier, c’est une spécificité. Le jeune homme libère alors les régimes de dattes un à un de leur sac en plastique qui les protègent de la pluie, de l’humidité et des insectes. (Photo : le jeune grimpeur à l’assaut du premier régime de dattes).

Le sac comporte deux parties (photo) ; la partie haute qui protège de la pluie et l’humidité et la partie basse qui agit comme une moustiquaire surtout contre la pyrale de la datte. Il va enfin sectionner les longues tiges, les hampes, sur lesquelles pendent les régimes. Ceux-ci sont ensuite débarrassés de leur tige et suspendus à une poutre en bois pour pouvoir trier plus facilement les dattes (on enlève les dattes de moindre qualité une par une et on ne garde que les meilleures sur la branche); ailleurs dans la palmeraie les opérations se font au sol.

C’est une des étapes clés de la récolte car plus le tri sera sélectif, plus cela facilitera le travail de sélection, et de conditionnement des dattes en usine. Un autre geste d’importance est la disposition des dattes en caisse pour mieux les préserver pendant le transport jusqu’à l’usine, certains empilent les dattes en branche les unes sur les autres, d’autres choisissent de les mettre légèrement en cercle. Les dattes en branche sont celles qui seront traitées le plus rapidement car ce sont elles les plus moelleuses et les plus fraîches qui arriveront en premier sur nos tables. (Photo : les dattes sont suspendues sur une poutre en bois pour être triées plus facilement).

Une parcelle représente en moyenne une cinquantaine de palmiers dattiers. La surface moyenne des parcelles fait un demi-hectare et nourrit 4-5, voire 7-8 personnes. Une palmeraie de 100 hectares peut faire vivre 200 familles. Un palmier dattier contient en moyenne 14 à 15 régimes de dattes (Photo à gauche), 20 à 22 pour les plus grands d’entre eux, et donner entre 10 et 100 kg de datte, avec un rendement moyen de 50 kg. Un palmier dattier peut vivre et produire des dattes pendant 60, 70, 80 voire 100 ans, mais la production décline avec l’âge! En attendant rien ne se perd, pas mêmes les dattes tombées au pied du palmier. (Photo à droite)
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La surface moyenne des parcelles fait un demi-hectare et nourrit 4-5, voire 7-8 personnes. Mohammed Bin Fahrart possède 0,5 ha et nourrit 7 personnes. Mohammed Bin Massoud avec une même surface fait vivre 9 personnes.
La parcelle sur laquelle nous avons récolté des dattes est évidemment conduite en agriculture biologique, donc pas de pesticides pour désherber. Or, les mauvaises herbes poussent à une cadence infernale et représentent un obstacle majeur à l’irrigation. Et l’eau si précieuse, si rare (les palmiers ne reçoivent de l’eau qu’à intervalles réguliers tous les 15 jours), même si elle est gratuite (les producteurs ne paient que l’électricité qui fait tourner la pompe), serait mieux utilisée si en lieu et place de la mauvaise graine d’herbe, on revenait à des cultures ‘étagées’ : les palmiers, puis les arbres fruitiers, puis les légumes ou de la luzerne pour le bétail. (Photo : palmiers avec grenadiers sur la parcelle)

La ‘Deglet Nour’ est une variété très consommatrice d’eau (soit environ 0,5 m³ par jour et par palmier, ou 60 m³ par jour et par hectare de palmeraie régulièrement plantée à 9m x 9m). Autrefois les sources sortaient naturellement du sable et formaient des rivières pour irriguer les palmeraies. Aujourd’hui la plupart des sources sont remplacées par des sondages. L’eau est puisée quelquefois à 200-220 mètres de profondeur contre 120-170 m il y a 20 ans. En cause principalement, l’extension des parcelles.

A regarder les parcelles envahies par les mauvaises herbes, il ne nous a pas été possible d’obtenir une réponse claire sur l’approche économique qu’ont les agriculteurs de leur parcelle; laisser la mauvaise herbe en place, la couper souvent, aussi rase que possible ou opter pour une agriculture plus traditionnelle. C’est néanmoins une problématique qui donne lieu à polémique et est source de conflit. Les mauvaises herbes séchées (bien séchées) servent à nourrir les animaux. Le fumier de mouton et de chèvre doit être composté.
Evoquer ce qui va et ce qui ne va pas dans l’oasis c’est aussi évoquer la question de la qualité des dattes. Pour le directeur de Gebana AG, Adrian Wiedmer, pour qu’une datte soit de qualité il faut qu’elle soit « bio, mûre, bien uniforme et bien triée« .

Pour Taieb Foudhaili, si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, c’est que les techniques pratiquées dans les palmeraies sont consommatrices de main d’oeuvre : travail du sol, récolte de pollen et pollinisation manuelle (Photo : fleurs séchées qui servent à la pollinisation manuelle), tuteurage, protection des régimes, récolte, que le producteur s’absente de plus en plus de sa parcelle, que le savoir-faire n’est pas uniforme et que la main d’oeuvre qualifiée se perd. Les producteurs eux, avancent le fait qu’ils ont dû changer leur manière de faire, que les récoltes sont inégales selon les conditions climatiques, qu’il peut y avoir surproduction et que dans ce cas ils n’aiment pas éliminer des régimes de dattes.
C’est aussi parler prix. Pas toujours facile de trouver la juste mesure c’est à dire le ‘juste’ prix dans un marché où les prix fluctuent et font parfois l’objet de spéculation notamment en période de Ramadan. Dans le contrat conclu entre South Organic et les producteurs, le prix reste ouvert car les producteurs n’ont pas voulu de prix fixe. On imagine aisément les discussions et négociations qui ont lieu avant la récolte. Les agriculteurs ne sont pas dépendants des volumes récoltés car la vente se fait au nombre de pieds (palmiers). Taieb Foudhaili considère que 3 DT par kilo, c’est un prix élevé pour un taux de déchet qui dépasse les 30 %. Le prix minium au titre du commerce équitable est fixé à 0,89 euros par kilo/vrac pour la datte branchée. Les producteurs touchent 0,15 euros de prime sur chaque kilo exporté. (Photos : Fathi Ben Mohamed Président du groupement de Dergine et agriculteur bio; palmeraie)

En mai 2011, 25 producteurs se sont regroupés pour constituer une nouvelle association ‘Nour’ (Renaissance) et réfléchir à l’utilisation de la prime annuelle, soit environ 20 à 30.000 euros. Elle est généralement répartie en 3 secteurs :

– l’agriculture à proprement parler (achat d’une machine à couper l’herbe autour des palmiers en projet, de compost…)
– l’infrastructure (haies, accès aux oasis….)
– les conditions de vie (l’association projette d’ouvrir un centre de formation pour les jeunes filles du village -tapis, artisanat traditionnel…, et la construction d’un centre pour le groupement de producteurs)

Le revenu moyen d’un agriculteur bio équitable varie de 6 000 à 8 000 DT/an/parcelle. Gageons que la récolte 2011 sera excellente.

 

Auteur: Eva Roost

Source: http://www.bio-marche.info

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