En ce mois de juillet, la Tunisie traverse un épisode de chaleur extrême d’une intensité exceptionnelle, marqué par des températures qui peuvent atteindre les 45 °C. Face à ce pic de chaleur, des millions de citoyens vivent au rythme d’interruptions récurrentes de l’électricité et de l’eau potable. Si la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG) évoque une stratégie d’urgence appelée « délestage » pour protéger le pays, la situation éprouve durement le quotidien de la population.
Une vague de chaleur record qui asphyxie les infrastructures nationales
L’été met à rude épreuve le réseau énergétique et hydrique du pays. Sous l’effet du sirocco et des dômes de chaleur, la consommation d’électricité atteint des sommets sans précédent, tirée par le fonctionnement simultané de millions de climatiseurs et de systèmes de réfrigération.
Cette hausse soudaine de la demande crée un écart critique : la pointe de consommation s’approche régulièrement de la barre des 5 000 mégawatts (MW), dépassant la capacité maximale de production instantanée du réseau national, établie autour de 4 630 MW. Ce déficit de plusieurs centaines de mégawatts met sous tension l’ensemble des générateurs.
Pour ne rien arranger, la baisse de tension électrique se répercute directement sur l’approvisionnement en eau potable. Les stations de pompage de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE) fonctionnant à l’électricité, l’arrêt des lignes électriques interrompt également le débit des robinets dans plusieurs gouvernorats, créant une double contrainte particulièrement éprouvante pour les ménages.
Comprendre le « délestage » : le pare-feu du réseau électrique
Face à l’incompréhension et à la légitime exaspération des usagers, un terme technique revient en boucle dans la communication officielle : le délestage. Mais que signifie concrètement cette mesure ?
Pour vulgariser le phénomène, le réseau électrique national fonctionne comme un navire à la capacité de charge strictement limitée. Pour maintenir l’équilibre exact du système, la quantité d’électricité injectée dans le réseau par la STEG doit être rigoureusement égale à la quantité consommée par les foyers et les entreprises à chaque seconde. Le réseau fonctionne alors à une fréquence stable de 50 Hertz.
Lorsque la demande dépasse massivement l’offre, la fréquence chute dangereusement, risquant de griller les générateurs et les transformateurs. Le délestage consiste donc à déconnecter volontairement, de manière tournante et temporaire, certains quartiers ou gouvernorats afin de réduire artificiellement la demande et de ramener instantanément le réseau à son niveau d’équilibre.
Un mal nécessaire pour éviter le piège mortel du « blackout » généralisé
Si ces coupures programmées sont particulièrement pénibles en pleine canicule — perturbant le stockage des denrées alimentaires, le travail à distance et le confort des plus fragiles —, elles constituent la dernière ligne de défense des techniciens.
Sans ces interruptions préventives, la surcharge entraînerait une réaction en chaîne : les centrales de production se mettraient automatiquement en sécurité pour éviter leur propre destruction physique. Ce scénario aboutirait à un blackout total, c’est-à-dire l’effondrement complet et brutal du réseau national.
Pourquoi le blackout est l’ennemi absolu : Lors d’une panne générale non contrôlée, redémarrer l’ensemble du réseau électrique d’un pays ne prend pas quelques heures, mais plusieurs jours. Durant cette période d’obscurité totale, les hôpitaux, les infrastructures stratégiques, les réseaux de télécommunication et l’ensemble de la chaîne de distribution d’eau se retrouveraient totalement paralysés.
Bien que le délestage soit une mesure de sauvegarde indispensable à court terme, cet épisode estival rappelle l’urgence de moderniser les infrastructures, de renforcer l’efficacité énergétique et d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables pour adapter durablement le pays aux pics de chaleur répétés.



